Rencontre avec Nabila TALAL, Conseillère technique Animation Vie Sociale/Habitat/Jeunesse à la CAF Touraine, qui nous livre son analyse sur l’importance de l’inclusion des familles voyageuses et le rôle essentiel des structures de proximité.
Pourquoi l’accueil des Gens du voyage est-il un enjeu pour l’animation de la vie sociale ?
Nabila : En premier lieu, je souligne ici que l’animation de la vie sociale repose sur un principe fondamental : l’inconditionnalité de l’accueil. Ce principe est d’ailleurs rappelé de manière appuyée dans la dernière circulaire CNAF du 18/12/2025.
En effet, les structures d’animation de la vie sociale (Centres sociaux et Espaces de vie sociale) sont, dans leurs missions, des générateurs de lien social et de « bien vivre ensemble ». C’est la raison pour laquelle ils déploient des actions qui fédèrent les habitants d’un territoire, sans exception. Par conséquent, les voyageurs doivent être pris en compte.
Concernant le public « voyageurs-ses », les enjeux sont importants car ils permettent de :
- Rompre l’invisibilité : Les familles voyageuses vivent souvent en périphérie, sur des aires d’accueil parfois isolées. Les accueillir, c’est refuser la logique de ghettoïsation et reconnaître leur place dans la cité.
- Enrichir la mixité : Le « vivre-ensemble » ne se décrète pas, il se pratique. Faire se rencontrer des publics sédentaires et voyageurs au sein d’un même atelier ou d’une sortie familiale, c’est déconstruire les préjugés par le faire-ensemble.
- Garantir l’accès aux droits : Le centre social ou l’Espace de vie social est le premier pont vers les services de droit commun (éducation, santé, culture). En étant un lieu ressource, il évite le repli communautaire et favorise l’émancipation de tous.
Quel message portez-vous pour les structures qui hésitent à se lancer dans l’« aller-vers » les aires d’accueil ?
Nabila : D’une manière générale, et cela s’applique également dans ce cadre, mon message est simple : « Osez la rencontre, elle est plus simple qu’il n’y paraît. »
Il est normal d’avoir des appréhensions face à un public que l’on connaît mal, mais l’attentisme renforce la méfiance réciproque. « Aller vers » les aires d’accueil n’est pas une intrusion, c’est un signe de reconnaissance.
Le voyageur-se attend souvent qu’on lui signifie qu’il est le bienvenu au centre social ou à l’EVS, car il s’est souvent senti exclu-e ailleurs. En sortant de vos murs, vous montrez que la structure n’est pas une forteresse administrative, mais une maison commune.
Commencez par des actions simples : un café-rencontre sur l’aire, une ludothèque mobile… C’est la régularité de votre présence qui créera la confiance, pas la complexité de votre projet.
Aussi, jadis innovante, la démarche d’« aller vers » est aujourd’hui une méthode d’intervention souvent pratiquée et bien maîtrisée par les professionnels des centres sociaux et EVS.
Quelle est l’importance du lien partenarial avec l’association Tsigane Habitat ?
Nabila : Justement parce qu’ils accueillent inconditionnellement tous les publics sans distinction, les centres sociaux et EVS ne peuvent pas être experts en tout. En revanche, ils sont experts dans le partage de ressources et l’échange de pratiques à travers le travail en réseau avec les acteurs locaux et départementaux.
C’est dans cet esprit que travailler en partenariat avec Tsigane Habitat, c’est bénéficier d’une expertise sur ce sujet. En effet, l’association maîtrise les codes culturels, la connaissance fine du territoire et l’historique des relations avec les familles.
Ce lien permet aux structures d’animation de ne pas se sentir démunies face à des éventuelles problématiques spécifiques (stationnement, législation, freins culturels). En bref, c’est une alliance gagnante : l’association apporte l’expertise technique et culturelle, tandis que le centre social et l’EVS apportent le cadre d’animation et l’ouverture sur le droit commun.